Depuis des années, la Suisse s’engage en faveur de la paix et de la sécurité à différents niveaux. Le 25 mai 2021, elle participera au débat ouvert du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la protection des civils et coordonnera tout au long de la semaine différents événements parallèles sur ce sujet. Par sa candidature pour un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité, la Suisse souhaite renforcer son engagement en faveur de la paix et de la sécurité dans le monde.

Quelque part dans le monde, un enfant voit le jour. La chaleur est étouffante. L’instant d’après, le long hurlement d’une alarme résonne et déjà, les impacts des roquettes font trembler les murs de la maternité. Entre-temps, en Suisse, des titres comme «Attentat au lance-roquettes contre un hôpital. Bilan: cinq morts» laissent de nombreux lecteurs de marbre. Dans la presse, c'est à peine si on les voit dans les colonnes des rubriques internationales. Pourquoi? Ces tragédies se produisent trop souvent. Chaque jour ou presque, dans les régions en conflit, des malades et des blessés essuient des tirs, tandis que des médecins, du personnel soignant et des ambulanciers qui tentent de sauver la vie de leurs patients.

En 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 1000 incidents violents survenus dans 11 pays et régions, dont les répercussions sur les soins médicaux ont fait de nombreux morts et blessés. Au nombre de ces agressions, l’OMS cite la destruction d’hôpitaux, les attaques contre des transports médicaux, l’exploitation des infrastructures de santé à des fins militaires et le pillage des fournitures médicales acheminées par convois humanitaires. Ces violations flagrantes du droit international humanitaire ont des conséquences profondes et durables. Rien qu’en Afghanistan, ces incidents ont entraîné la perte de 48’000 heures de soins médicaux et l’annulation de 76’000 consultations médicales en 2019, selon les chiffres de l’ONU. Des systèmes de santé entiers sont au bord de la rupture, a fortiori dans le contexte de la pandémie en cours.
 

Un convoi humanitaire du Mouvement du Croissant-Rouge en Syrie.
Les incidents violents, tels que le pillage des fournitures médicales des convois humanitaires, ont un impact important sur les soins médicaux dispensés aux civils dans les conflits.
Droit d'auteur : Keystone


50 ans au service de la promotion civile de la paix
Sur la base de sa stratégie de politique extérieure 2020-2023, la Suisse a fixé des priorités pour la protection de la population civile. Elle encourage le respect du droit international humanitaire par tous les belligérants, y compris les groupes armés. Elle intervient sur le terrain en faveur de la population civile ou met à disposition des organisations internationales telles que l’OSCE, l’ONU ou l’UE des experts en matière de promotion civile de la paix. Ces derniers font office de médiateurs dans les conflits et facilitent l’instauration de l’État de droit après les hostilités, afin de rétablir la sécurité et la confiance dans les pouvoirs publics. Au niveau multilatéral, la Suisse contribue à façonner le cadre humanitaire dans des organes tels que l’Assemblée générale des Nations Unies et le Conseil de sécurité de l’ONU.

La protection des personnes civiles et les secours médicaux pour tous, y compris sur le champ de bataille, sont inscrits depuis plus de 150 ans dans les Conventions de Genève et constituent pour la politique étrangère suisse une priorité de longue date. Un exemple: Anna est médecin dans la ville de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Après la chute de l’État islamique (EI) en 2018, elle est mise en accusation. Son «crime»? Avoir soigné des combattants blessés pendant l’occupation de la ville par le groupe terroriste. Bien que la protection des malades et des blessés, même dans les rangs de l’ennemi, constitue un fondement du droit international humanitaire, certaines mesures de lutte contre le terrorisme, quoique nécessaires, criminalisent les secours médicaux en les assimilant à un soutien au terrorisme. En conséquence, le DFAE s’est mobilisé pour que les secours médicaux restent possibles en toutes circonstances.

Conseil de sécurité de l’ONU: débat ouvert sur la protection des civils dans les conflits armés
Le 25 mai, la Suisse participera à un débat ouvert du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection des civils dans les conflits armés. Les débats ouverts permettent la participation des États membres de l’ONU qui ne sont pas représentés au Conseil de sécurité. La Suisse préside à New York un groupe consacré à la protection des civils et composé de 27 États de différentes régions. Dans le cadre du débat, elle appellera au nom de ce groupe au respect du droit international humanitaire et à la protection des civils et des personnes ne participant plus aux hostilités.
 

Portrait de Pascale Baeriswyl.
Pascale Baeriswyl, ambassadrice et chef de la Mission permanente de la Suisse auprès des Nations unies à New York.
Droit d'auteur : Keystone


«On ne le dira jamais assez: la population civile paie un tribut bien trop lourd dans les conflits armés. Alors que pendant la Première Guerre mondiale, 9 personnes tuées sur 10 étaient des soldats, un siècle plus tard, ce rapport s’est inversé. En 2018, plus de 20’000 civils ont été tués ou blessés dans six pays, l’Afghanistan, l’Irak, le Mali, la Somalie, le Soudan du Sud et le Yémen», rappelle Pascale Baeriswyl, ambassadrice et cheffe de la Mission permanente de la Suisse auprès des Nations Unies à New York. «La Suisse appelle donc à la stricte application des règles et principes du droit international humanitaire par tous les belligérants, en particulier au respect des principes d’humanité, de distinction, de nécessité, de proportionnalité et de précaution.»

«La population civile paie un tribut bien trop lourd dans les conflits armés.»
Pascale Baeriswyl, ambassadrice, Mission de la Suisse auprès des Nations Unies, New York


Dans le contexte actuel, marqué notamment par la pandémie de COVID-19, le groupe d’États a identifié des domaines thématiques qui nécessitent une action urgente afin de réduire le nombre de victimes civiles dans les conflits armés. Il demande donc de:
 

  • Limiter les attaques sur les zones densément peuplée
  • Prévenir les attaques contre les patients, le personnel médical, les infrastructures médicales et les transports dans les conflits armés, ainsi que les cyberattaques contre les infrastructures médicales
  • Sensibiliser à l’impact des conflits armés sur la dégradation de l’environnement et le changement climatique, ainsi qu’à leurs répercussions sur les civils.


En outre, la Suisse coordonne depuis 2018 la semaine consacrée à la protection des civils. Pour la quatrième fois consécutive, les États membres de l’ONU, les agences onusiennes et les ONG se réuniront fin mai, à l’initiative de la Suisse, pour échanger expériences et recommandations sur la protection des civils.

Un positionnement renforcé
Au fil des décennies, la Suisse a renforcé son positionnement en tant qu’actrice impartiale et solidaire sur la scène internationale. Par sa candidature pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2023 et 2024, elle renforce son engagement en faveur de la paix et de la sécurité dans le monde. L’impact des conflits armés ne doit pas être sous-estimé. La guerre transforme les sociétés. Endeuillées par les morts sur le champ de bataille, les déplacements forcés et les migrations, elles sont amputées de leur jeunesse. Privés de soins médicaux en raison de la destruction de leurs hôpitaux, les habitants qui restent paient eux aussi un lourd tribut. La perte de leurs moyens de subsistance fait le lit de la misère et de la criminalité. Déscolarisés, les enfants et les jeunes n’ont plus de perspectives d’avenir. Enfin, tout conflit armé réduit à néant les efforts de la coopération internationale dans d’anciennes économies émergentes comme la Syrie, la Libye ou le Nigéria.
 

Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit à New York.
Les voix indépendantes au Conseil de sécurité des Nations unies sont plus importantes que jamais dans le contexte de la situation géopolitique actuelle.
Droit d'auteur : Keystone


La protection des civils est fermement ancrée dans le droit international. Prévenir la désolation et les drames humains que la guerre laisse dans son sillage exige avant toute chose la volonté politique d’appliquer et de faire respecter le droit. En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Suisse pourrait faire davantage pour défendre ses intérêts. L’avènement d’un ordre mondial pacifique est également dans l’intérêt de l’économie suisse, car la création de marchés ouverts régis par des règles claires crée non seulement des perspectives au niveau local, mais contribue aussi à la prospérité en Suisse. Grâce à son expertise et à ses bons offices, tels que les mandats de puissance protectrice, la Suisse dispose de la crédibilité et du potentiel nécessaires pour contribuer au règlement pacifique des différends entre les parties en conflit, dans l’intérêt de la communauté internationale. En outre, occuper un siège au Conseil de sécurité renforcerait le poids de la Suisse en matière de politique étrangère et lui permettrait d’exercer une influence directe sur les orientations de fond de l’ONU. Dans le contexte géopolitique actuel, les voix indépendantes au Conseil de sécurité, comme celle de la Suisse, sont plus importantes que jamais. Ce sont en effet ces États qui bâtissent des ponts et, pour reprendre l’image du conseiller fédéral Ignazio Cassis, mettent de l’huile dans les rouages des relations entre les puissances mondiales.

Paix et sécurité: une priorité de la politique étrangère suisse

Après avoir analysé la situation mondiale actuelle et évalué les tendances qui pourraient prendre de l'importance à l’avenir, le Conseil fédéral a fixé, fin janvier 2020, 4 objectifs généraux dans sa Stratégie de politique extérieure 2020-2023:

  • Paix et sécurité
  • Prospérité
  • Durabilité
  • Numérisation


La candidature au Conseil de sécurité de l’ONU est une priorité de la stratégie de politique extérieure de la Suisse. En effet, si la Suisse siège au Conseil, elle pourra mettre en œuvre encore plus efficacement son mandat constitutionnel pour un «ordre international juste et pacifique». Sur le plan local et multilatéral, la Suisse assume une fonction de médiation entre les parties en conflit. Pour ce faire, elle mise sur ses bons offices, sur sa politique en matière de sécurité, de droits de l’homme et de migration, ainsi que sur son action humanitaire et sa diplomatie scientifique.

Le DFAE élabore des stratégies de suivi thématiques et géographiques fondées sur la stratégie suisse de politique extérieure et structurées en fonction des quatre priorités qu’elle énonce. La Suisse peut ainsi accroître l’efficacité de son engagement international, éviter les redondances et exploiter les synergies entre les services fédéraux concernés et les partenaires externes.

Grâce à l’interaction de ses stratégies thématiques, la Suisse coordonne la mise en œuvre de sa politique extérieure partout dans le monde et présente un front uni et cohérent sur la scène internationale.

Informations complémentaires sur les différentes stratégies de la politique extérieure de la Suisse

Actualité précédente